notre histoire
partie 1
1986 à 1999 : "AUTOUR DE JEREMIE"

DU PATTERNING A L'INTEGRATION SCOLAIRE

L’histoire démarre en octobre 1986
Jérémie est un petit garçon de 3 ans ½ qui présente un handicap sévère, avec une épilepsie non stabilisée
Pour Annick et Henri ses parents, c’est un véritable séisme
- Ce n’était pas l’enfant attendu
- Tous deux éducateurs ils se pensaient justement immunisés contre l’ « anormalité »
- Le corps médical du CHU de Grenoble, sans diagnostic, se rabat sur un autisme ; à l’époque Bettelheim est au fait de sa gloire et l’autisme est alors la faute et le fruit des mauvaises mères …
De son côté Henri, directeur d’un foyer d’ados en difficulté sur Grenoble, se met en conflit frontal avec son directeur d’association, jusqu’au licenciement
Au milieu de tout ce brouhaha, Grégory le grand frère de 6 ans, essaie de se faire son chemin,
Et pour Jérémie, il n’y a pas de choix : il faut aller de l’avant, saisir toutes les opportunités
Ce sera l’idée du patterning et de la méthode Doman, véritable refuge des parents d’enfants polyhandicapés, abandonnés à leur parentalité cahotique, et méfiants des systèmes et principes environnants
C’est pour se former à cette méthode, par une équipe brésilienne se déplaçant au Portugal, qu’un élan de solidarité se crée autour de Jérémie et de ses parents, au départ pour récolter les fonds nécessaires à cette formation à l’étranger
Ainsi se crée à Grenoble le 31 octobre 1986 l’association « autour de Jérémie » dont le but est de « créer un mouvement de solidarité autour de Jérémie, petit garçon de 3 ans, polyhandicapé, qui a besoin d’une rééducation personnalisée et onéreuse »
Merci Denis, Catherine, Marie Hélène, Marie Christine, Micha et Pierre, Nunzia et Gilles…
Près d’une centaine de personnes répondront à l’appel.
Ainsi si le premier gain de cette association pour Jérémie et ses parents est un gain matériel, ça se révèle vite être surtout un gain moral, un gain d’énergie, un partage et un portage puissants
Le patterning, lui, n’emporte pas l’enthousiasme attendu des parents : méthode trop exigeante, très discutable au niveau des pratiques répétitives sur l’enfant (ex : le faire respirer 1 minute dans un sac en plastique 60 fois par jour), c’est aussi un véritable sacerdoce pour les familles et leur équipage de bénévoles, la rééducation prend priorité sur la vie de famille …
Mais une chose essentielle est retenue de cette méthode : ne soyez pas impuissants face à votre enfant déficient, faites, stimulez, jouez … Et finalement adaptez, et nous on ajoutera : et créez, sans barrière
Une kiné va beaucoup nous aider
Tandis que le milieu institutionnel n’entrevoit pour Jérémie qu’une solution : un internat spécialisé à plus de 100 kms … Inacceptable
En mai 1987 à Velleron, ce sera la première « fête à Jéjé » … la première AG de l’asso regroupant d’innombrables personnes … la première d’une série qui continue depuis 37 ans !
L’histoire se poursuit en 1988 et va prendre une forme particulière qui va durer 11 ans (jusqu’en juin 1999) : la scolarisation de Jérémie en milieu ordinaire à Marseille
Marseille, qui est alors ville pilote et qui organise depuis 1987 la scolarisation des enfants handicapés
La famille déménage à Marseille : Grégory se demande bien un peu où sont la montagne et la campagne … Manon vient de naître
Et Jérémie prend le chemin de l’école
L’association suit les parents dans leur projet et les soutient. Elle s’installe progressivement à Marseille.
Merci Dominique, Martine DJ, Jean Marie, Christine, Carine, Catherine …
- Elle représente affectivement et moralement beaucoup pour les parents
- Elle permet statutairement des embauches aidées financièrement par l’Etat (à l’époque des SIVP)
- Elle est reconnue comme lieu de formation (BEATEP, AMP, moniteur éducateur)
- Elle représente aussi une instance officielle militante auprès des pouvoirs publics (sécurité sociale, centres de recherches)
Nous démarrons des bulletins de liaisons annuels pour les adhérents avec ce rappel d’introduction qui sera toujours le même :
« Autour de Jérémie
C’est l’association créée en octobre 1986 par les familles et les amis d’Annick et Henri pour aider moralement et financièrement à la prise en charge de leur fils Jérémie dans son cadre de vie
Autour de Jérémie
C’est une mobilisation de donateurs, de disponibilités, de compétences qui permettent à Jérémie de vivre normalement au milieu des siens, dans son environnement social, d’y trouver ses plaisirs et son équilibre et d’y effectuer progressivement ses acquisitions
Autour de Jérémie
C’est vous tous, amis proches ou lointains, adhérents fidèles ou récents à qui nous renouvelons nos chaleureux remerciements »
Disons le d’emblée et clairement : cette intégration scolaire va s’avérer être une réussite assez exemplaire ;
- parce qu’elle est largement réfléchie, travaillée, partagée, avec tous les partenaires,
- parce que surtout elle se réalise sans leurre (le handicap intellectuel très sévère de Jérémie ne permet pas de croire en une possibilité objective d’apprentissages cognitifs)
- elle se réalise sans désengagement : le handicap intellectuel et moteur de Jérémie nécessite un accompagnement de tout instant et donc la mise à disposition permanente d’un aide éducateur supervisé, et encadré par l’association
- parce qu’elle se réalise sans irresponsabilité : maintien des interventions spécifiques en parallèle (suivi épilepsie, rééducations …
1. 1988 à 1993 : Jérémie est scolarisé à l’école de quartier : l’école Chabrier du Roy d’Espagne
Sur les deux premières années, d’abord à dose homéopathique, puis à mi temps, puis à plein temps à l’école maternelle
D’abord avec un auxiliaire de vie scolaire mis à disposition par l’éducation nationale à mi temps puis salarié sur l’autre mi-temps par l’association « autour de Jérémie » ( Patrick A) Notons qu’un personnel « privé » qui rentre dans une école, lieu sanctuarisé, n’est pas monnaie courante à cette époque. En parallèle, orthophonie, kiné, piscine …
Jérémie ne parle pas, ne marche pas mais au contact des autres enfants il prend, tire partie, développe à sa mesure sa curiosité, sa motricité, ses capacités de communication, et surtout sans léser personne.
Le regard porté sur lui est bienveillant, amical, une homéostasie familiale s’installe dans une ambiance ouverte et dynamique
Un gros travail de concertation se mène bien sûr avec l’école, dans un climat de confiance et de collaboration
Sur les deux années suivantes Jérémie est maintenu à l’école maternelle Chabrier, toujours dans la classe de Mme Tissier, la directrice, avec cette fois par le biais de l’association, un contrat de qualification de « moniteur éducateur » pour Patrick A (sur 2 ans)
L’association prend une autre dimension et devient employeur et garante de formation ; ça nécessite, du temps de l’audace et un peu … beaucoup d’argent
il faut répondre aux injonctions de l’Urssaf, des Assedics et autres retraites
il faut être en lien avec l’école de formation de travailleurs sociaux
il faut faire des demandes de subventions ….
Pendant son stage de 3 mois à l’extérieur Patrick est remplacé par Mireille, qui elle, vient faire son propre stage de formation avec nous
Un Etat d’âme de parent – Annick 1991 – GRANDIR ENSEMBLE
Qui se souvient ?
La douleur, la honte,
La prière, l’exorcisme
L’incompréhension, le rejet
La solitude, la détresse …
Puis il y eut, par l’épreuve et le génie des mots, le face à face, face à soi …, à nous …, à lui …
Le petit homme pouvait enfin rejoindre nos rangs
Encore fallait il savoir l’appeler, lui tendre la main, l’aider à se lever …
Encore fallait il que les regards croisés éveillent les possibles, animent les désirs …
Aides précieuses que Mr Maffre, Monique, Mme Tissier, et tous les acteurs d’aujourd’hui. C’est vrai il n’est pas facile de grandir ensemble, mais quand on voit le plaisir éprouvé, il est vite partagé
Tant que je peux Jérémie je t’offre mon regard et te donne la main
Mais hier je ne savais pas que je pouvais …
Et demain, qu’est-ce que je sais de demain ??? Alors profitons aujourd’hui »
La cinquième année est un peu plus difficile
Jérémie grandit ; il est scolarisé avec les CP de la primaire. Son épilepsie est très rebelle cette année.
Patrick A a réussi son diplôme de moniteur éducateur et part vers d’autres horizons
Mireille, ancienne stagiaire monitrice éducatrice, bien que fraichement diplômée elle-même est ok pour travailler une année avec nous ; Une embauche à mi-temps par l’Association comme moniteur éducateur/ et à mi temps par les parents comme auxiliaire de vie.
Mireille très ancrée sur l’extérieur favorise l’intégration de Jérémie au Centre Social Mer et Colline où il fait sa première colonie en juillet, et démarre l’activité cheval à Eoures avec Charles de l’établissement les Chênes : une belle histoire qui durera une quinzaine d’années
2. 1993 à 1999 : Jérémie est scolarisé à l’école Freinet du quartier voisin avec sa sœur Manon
Il y sera accueilli de ses 10 ans à ses 16 ans
Il y est à mi-temps, bien sûr toujours accompagné, et a des activités avec plusieurs classes, participe aux activités d’éveil, de sport, chant ; va à la piscine …fait les Classes vertes (2 fois une classe péniche ! ) les classes de neige (2 fois), et toujours les colos avec le centre social mer et collines ;
Après Patrick et Mireille c’est au tour de Frédéric de faire en cours d’emploi avec nous sa formation d’animateur, qu’il réussit en 1995, puis il y aura des relais : Carina, Sabine, puis ce sera autour de Xavier de faire alors sa formation d’AMP
Ce fut six années de bonheur et de grâce à l’école Freinet pour les parents
Bien sûr en parallèle les parents se battent contre les administrations, contre les décisions souveraines d’orientation, contre cet aspirateur socio-administratif du Handicap vers l’Institution, qui, soit dit entre nous, n’a d’ailleurs jamais concrètement de place, seulement une liste d’attente
Il y en a eu des réunions, des courriers, des procédures d’appel mais cela n’a jamais impacté la vie de Jérémie à l’école, avec ses pairs
A cette période début 1995 les parents apprennent que Jérémie est porteur d’une anomalie génétique, le syndrome d’Angelman, maladie rare, repéré depuis longtemps (le « syndrome du pantin joyeux»), mais dont la lecture génétique est tout à fait récente (fruit des recherches du téléthon). Maigre revanche au final envers ceux qui ont atrocement aggravé la culpabilité des parents, les laissant errer dans les logiques souveraines du « mauvais amour »
Sans regret cependant : la souffrance a été dépassée et le handicap sans nom, sans cadre, sans « futur » qui serait déjà froidement écrit, a laissé des portes entr’ouvertes pour tout un imaginaire et un vaste chantier
Fin 95, un article parait dans la revue DECLIC « Jérémie, l’aventure de l’intégration »
Début 96, nouveau refus de la CDES pour poursuivre la scolarisation de Jérémie, alors que l’école et l’Inspecteur de l’Education Nationale y sont favorables. Décision revue quelques jours avant la rentrée scolaire
1997 , cette fois seing blanc de la CDES pour continuer la scolarisation … Idem en 1998
En fait Jérémie aura 16 ans en mai 1999 ; les portes de l’école se refermeront d’elles mêmes ; on nous fait grâce, en attendant, de devoir encore nous battre
Et Jérémie engrange du bonheur à l’école, fait des classes de neige, mange tous les midis à l’auberge de jeunesse (la cantine des enfants Freinet).
Tout le monde est à l’aise sur cette situation, c’est à la fois simple et naturel, à la fois, avec du recul, toujours étonnant et émouvant

Voilà, Juin 1999, une page va se tourner. Invitation des parents :
